Post-sentience : (n. f., néologisme) État ou période dans lequel les perceptions subjectives d'un individu ou d'un collectif deviennent des leviers d'action, de création ou d'intervention.

manifeste

Toute expérience commence dans le monde.

On ne naît pas vierge de tout contexte, de langage ou de structures. La société, ce n'est pas quelque chose qui gravite indépendamment autour de nous. Elle est le plancher de notre perception, la condition de l'existence de nos gestes, de nos désirs, de nos pensées. La conscience n'est pas un sanctuaire : elle est prise dans des rapports, modelée par des signes, orientée par des récits que l'on ne choisit pas et qui nous façonnent dès l'enfance. J'emprunte ce concept à la phénoménologie : il n'y a pas d'intériorité pure, ni de sujet hors-sol. Il y a simplement des manières d'habiter le monde, et ces manières sont déjà balisées, déjà orientées. Être un individu, ce n'est pas s'extraire de tout, c'est se repérer dans ce qui nous précède et parfois, apprendre à le modifier.

Alors oui, nous sommes influençables.

Le problème, c'est que ce qui nous précède aujourd'hui, c'est un système qui a appris à extraire de la valeur de chaque fragment de subjectivité. Le capitalisme contemporain basé sur les technologies de l'information ne se contente pas de vendre : il transforme les émotions, les désirs, les vulnérabilités en leviers de profits. Il a trouvé comment rentabiliser la solitude, comment faire de chaque doute une opportunité de gain, comment transformer le besoin de lien en abonnement, la quête de sens en produit, l'angoisse existentielle en argument publicitaire.

Ce n'est pas un complot, c'est pire : c'est une architecture.

Mais cette adaptabilité inhérente à l'humain n'est pas une faiblesse, selon moi : c'est une opportunité. Si elle peut être exploitée contre nous, elle peut être mise au service d'une action volontaire, consciente et saine. Certes, on ne choisit pas ce qui nous constitue, mais on peut apprendre à en faire quelque chose.

C'est là que peut commencer la post-sentience.

La post-sentience, c'est le moment où la subjectivité (émotions, pensées, désirs etc.) cesse d'être une fin en soi pour devenir une matière à travailler. Pas pour devenir plus « performant », ni pour « réussir sa vie », mais pour vivre une vie qui nous ressemble, et qui tient debout dans le monde réel. Il ne s'agit pas de se "(re)trouver" soi-même, comme si quelque chose d'authentique attendait sagement sous des couches illusoires. Il s'agit de devenir soi à travers ce qui nous traverse, de se bricoler une cohérence, de cultiver un certain alignement entre ce qu'on ressent, ce qu'on croit, et ce qu'on fait.

Mais on ne peut pas faire ça seul.e.

Se définir, c'est toujours par et avec les autres. La lucidité, si elle est sincère, conduit toujours à la relation, pas à l'isolement. Elle pousse à chercher des appuis : dans les autres, dans l'opposition aux structures néfastes, dans les manières de s'entraider, de consommer, ou de construire son quotidien sans se trahir.

Ce blog est un espace pour explorer, à travers différentes thématiques, les points de frictions suivants :
– entre l'individu et les systèmes ;
– entre penser librement et être manipulé.e à l'avance ;
– entre les versions de soi qu'on nous impose et celles qu'on pourrait inventer, ensemble.

Je ne prétends pas proposer de solutions miracles, ni de postures définitives. C'est une tentative de trouver des outils pour vivre libre, au présent.